Mardi 23 juin 2009 2 23 /06 /Juin /2009 08:57

HORIZONS

  Pour Alain mon pote


Regardant l'horizon d'un ciel bleu d'été,

Les pieds reposant sur un sable parsemé

D'un jaune tout fissuré des siècles traversés,

L'esprit vagabondant sur les vagues, bercé

Par la brise calmante de ce mois de juillet,

Le soleil déjà décidé à percer

Les mystères cachés de ces gens en congés,

Je me dis que c'est beau une plage ensoleillée.

J'aurai pu partir dans des lieux ombragés,

En rêvant d'aventures, d'antiques chevaliers

Chevauchants leurs montures, fidèles destriers,

Ma tête posée sur un chêne déraciné

Ou bien assis devant un film à la télé

Ou encore à goûter un excellent café.

J'étais heureux de voir un nouveau monde passer

Devant mon corps assis sur ma chaise à rouler

Que tantôt, il faudra avant que la marée

Ne caresse mes deux pieds dénaturés,

Emmener avec moi vers ma destinée.

 

TIMIDE

 

Sortant d’un restaurant

En prenant dans ma main

La main de l’invitée,

Dans ses yeux regardant

Tout en rongeant mon frein,

J’y ai vu l’honnêteté,

Un fond de l’œil charmant

Avec un petit rien

De celle qui bouleversée

Y verrait un amant.

Nous étions fatigués

Et dans le cœur pourtant

Se lisait le refrain

D’un air déjà joué,

D’un amour naissant

Et plein de lendemains.

                Un beau soir,... J’ai osé !

 

 

 

 

 

 

 

LA LUNE SUR LE FIL

 

 

 

Les ombres gigotent

Délicatement floues

Et vont me faire danser

Sur deux fils et deux notes.

Au loin sonnent les cloches,

Les nuages s’ébrouent,

Je me sens isolée

Comme au fond d’une poche

Et pourtant je m’accroche

A l’espoir un peu fou

Qu’un appel hululé

                     D’une chouette un peu sott

                Sûrement d’ailleurs dévote

Ne lance à son hibou

Un cri désespéré

Qui donne la tremblote

Au fil qui ballotte,

Et qui ainsi dénoue

L’équilibre gêné

Du jour qui s’approche.

Les nuages s’effilochent

Les fils se font mous

Le ciel devient bleuté

                 Le jour va se lever.

 

 

 

 

 

 

 

 

  CHEVAL DE BEAURIEUX

 

 

 

 

J’ai du mal à le voir

Ce promeneur isolé

Est-ce que lui m’aperçoit

Au fond de la trouée

Mais comment le savoir ?

Est-ce que si je bougeais

Au fond de ce trou noir,

Le coin ensoleillé

Dans lequel je festoie

Me ferait remarquer

Dans l'anneau de ce bois

Par cet homme aveuglé ?

 

 

CLOCHER DE SOLRE LE CHÂTEAU

 

 

 

Le coq dans les nuages

Un jour  un peu penché

Sur robe de mariage

L’on m’a dit de rester

La tête vers le village.

Et depuis fort peiné

J’ai douleur de l’ardoise

Sur l’un de mes côtés.

Il me tire le faîtage.

Il paraît restauré

Selon qu’on me regarde

De face ou bien de biais

 

 

 

 

LE PAPILLON

 

 

 

 

Le temps était au bon

Soudain sur les chardons

Se pose un papillon

J’observe les yeux ronds

Posés sur ses ailerons

D’insecte vagabond

Couverts comme les poissons

D’écailles, serrées, marrons

Il s’envole le fripon

Laissant sur l’émulsion

L’image d’une vision

 

 

 

LES BLEUETS

 

 

 

 

Fatigué de chercher

A travers les champs

J’ai failli arrêter

Et oublier le temps

Au bord des champs de blé

Où l’on trouvait autant

De ronces que de bleuets

 

 

 

 

SOLITUDE

 

Quand le cœur a choisi

De regarder la vie

Il constate, effrayé

Que le temps est passé

Et que, déjà vieilli

Tassé et avachi,

Il reste au fond des yeux

La lueur de l’envie.

Car un cœur esseulé

N’accepte pas l’aveu

Du reflet de l’ennui

Des années écoulées.

Du bout de son silence il crie

Accroché par le temps, il nie

Faisant comme si de rien n’était

Il laisse le temps s’écouler

Noyé au cœur de sa folie.

Conscient de l’état aujourd’hui

De son regard morne et peureux

Posé, surpris et interdit

Sur le reflet de son portrait

Il plonge au fond de ses yeux bleus

Il hurle rageur,...C’est fini !

Je laisse courir, je laisse couler,

Je veux sortir dans les dancings,

Je souhaite partager mon lit

J’espère que les futures années

Seront des effaces pensées,

Des gommes pour les mauvaises nuits

Des câlins et des sucreries.

Je veux que dès demain, heureux,

Le regard du voisin, surpris

Se pose comme sur un nouveau né

Qui, s’agitant ferait « ARREU »

Que le soleil chasse la pluie

Car mon sommeil est terminé.

 

 

 

CHEMINS FORESTIERS

 

 

Je m’habille d’un rien

Pour laisser entrevoir

Les richesses cachées

Le long de mes chemins

Du pays d’Avesnois

Venez, venez, venez,

Entrez fouler un brin

Sans crainte de décevoir

Les pouces nouvelles nées

Sortant de mes terrains

Et faites semblant de croire

Que c’est déjà l’été.

 

 

 

L’AVENIR DE L’HOMME

 

 

 

Depuis toujours, du fond des âges je suis la femme

Heureuse de porter en moi le fruit de l’Amour.

J’ai la certitude d’être le seul pivot

De la famille, mais aussi, je suis unique.

Je suis celle qui a fait la vie, la flamme

De toutes les espérances et de tous nouveaux jours.

           Je refuse à jamais d’accepter le fardeau

D’être autre que je suis ou d’être moins pudique.

Je retiens de mes songes depuis des millénaires

Combien il faut d’amour pour que de mère en mère

Et puis de mère en mère pour porter tous les pères

Et combien nous les femmes, pouvons en être fières.

Il manque au bonheur de satisfaire l’âme

Que nous a donnée Dieu qui reste souvent sourd

Aux appels de nos cœurs déchirés mais dévots

Qui de temps à autre de leurs cris revendiquent

Le droit d’être autre chose que le tissage de trames

Qui fait monter si haut cette imprenable tour

Créée de toutes pièces par des hommes si faux

Qui font de nos idées une problématique.

Il faut le reconnaître, ils sont irresponsables,

Car demain, si nous, femmes, tout comme il est probable,

Nous restions les DIVA d’un cycle immuable,

 

            Nous serions des nations l’assise incontournable.

 

 

 

 

REGARDS SUR LES PENSÉES

D’UNE MÈRE.

 

 

 

Elle est mon seul enfant

Portée avec Amour

Malgré tous mes soucis

J’ai oublié longtemps

Que ma taille et son tour

Ont fait une courte vie

Au cœur d’adolescente

Qui avait vu le jour

Pour sombrer aussi vite

Dans l’enfer permanent

D’un monde complètement fou.

Les coutumes et les rites

Dépassant l’entendement

J’ai senti le dégoût

De celles qui asservies

Refusent obstinément

Les voies à sens unique

Sans un contournement

Qui pourrait faire de nous

Une source d’envie.

Un jour, à Dix Huit Ans,

Ma fille repue de tout

Sans rien dire est partie

Sans me laisser le temps

De mettre bout à bout

Les Grands et les Petits

Bonheurs qu’en d’autres instants

Dans la chaleur douce

Était notre édifice

Créé en oubliant

Combien les enfants poussent

Et deviennent fragiles.

 

 

 

 

PREMIÈRES NOCES

 

 

 

 

Verts de gris et de capes

Ils sont vêts d’ombres flottantes et de brumes

Jamais ils ne virent l’étape

Ni la fin de l’escale, elles étaient toutes brunes.

Ensembles, ligotées, liens

A faire mal aux sangs, sans espoir de rebours

Vies, regards

Amour des siens

Tristes destins, fusils, coups de crosses, tambours

Dix mille regards tristes. Volent les bombes.

Cent mille barres blanches gisent, croisées au sol

Jeux mesquins

Traces de pistes.

Le ciel se noircit, d’obscurs pressentiments s’envolent.

Vole colombe.

Et puis les nuées d’armes.

L’absence de souvenirs et de vies.

Ils convolent en déposant leurs larmes.

Deux anneaux les unissent

Serrés l’un face à l’autre

Et c’est le nœud qui glisse

              Et c’est Judas l’apôtre,

              il bâtit des symboles,

              il construit des églises

              il y perçoit l’obole

              et signe et persiste

 

  LE BANC

 

 

 

   Un jour j’irai poser

                        Sur ce banc isolé

  Certaines de mes idées

  En pensant quel dommage

   D’attendre le grand âge

  Pour faire ce babillage

  Un jour j’irai causer

  Sur ce banc retiré

  Avec les trépassés

  J’irai tourner la page

  Au nom d’un vieil adage

  Le cœur plein de rage

  Un jour j’irai pleurer

  Sur ce banc usagé

  Mes yeux déjà levés

  Sur le dernier étage

  Du clocher du village

                       Vers de sombres nuages.

 

 

Coup de griffe

 

 

 

 

Un chat sommeille sur son couffin

La tête sur ses pattes croisées

Rêvant probablement au matin,

Il se prépare à s'étirer.

 

Dans l'air circule le parfum

D'une barquette déposée

Dans son plat avant le bain

De sa maîtresse bien aimée.

 

Un chat sommeille sur son couffin

Lorsqu'un choc ou bien un bruit

Le rend d'un caractère chagrin

Après une aussi bonne nuit.

 

Il entrouvre deux grands yeux bruns

Et voit quatre pattes passer,

Celles de son voisin le chien,

Cette mule, ce gardien pucier.

 

Un chat sommeille sur son couffin

En rêvant du prochain été,

Lorsque le chien pucier malin

Se jette sur le chat dégoûté.

 

Ils se mordent jusqu'à plus fin,

Ils se griffent jusqu'à peler

Lorsqu'un pas s'approche enfin

Pour mettre fin à la mêlée.

 

Un chat sommeillait sur son couffin,

La tête sur ses pattes croisées,

Il rêvait à un chien mâtin

 

 

 

CYCLES

 

 

 

 

Il y a dans la vie quatre étapes à passer

La naissance attendrie, la jeunesse dorée

La sagesse infinie ainsi que le décès

Et chacun d’entre nous ne peut y échapper

La nature qui reprend tout ce qu’elle a donné

Te dit par mille indices de ne pas l’oublier

Car, il y a tant de choses si tu veux regarder.

L’arbre si fort, si grand et si enraciné

Si haut sur son tronc, sa tête si élevée.

Les fleurs de ton jardin toutes aussi colorées

Que l’épine des chemins si souvent rencontrée.

Regarde les milliers de brins d’herbes levés,

              Les bois et les forêts, les maïs en poupée

Et même sur ta fenêtre, les pensées empotées

Mais surtout, observe la tige s’étirer

Partant de ses racines profondément encrées

S’élevant vers le ciel et son épi gonflé

De ses grains de froment que tu vas consommer

Il y a dans leur parfum comme une pensée

Que tu respires chaque jour pour te réconforter

Dans chacune de ces plantes que Dieu nous a créées

Du sol où nous sommes nés, elles ont été puiser

La sagesse des êtres qui nous ont quittés.

 

 

 

.

 

Le voyageur des mers

 

 

 

 

 

Assis sur un cordage enroulé tel un interminable serpent  élevant ses anneaux pour lui former un trône, il est immobile.

Son regard pourtant scrute l’horizon, il fixe une ligne à l’autre bout du monde, invisible pour d’autres. Du bleu de ses yeux délavés par les traversées du monde, pétillent des étoiles. Elles illuminent le ciel en montrant des chemins, chaque nuit, depuis le début des temps.

Le soleil disparaît doucement derrière les vagues écumeuses. Elles s’agitent dans un va et vient perpétuel, ne sachant se fixer, tout comme les matelots, citoyens du monde.

Les Néréides entraînent avec elles les graviers et les grains, inlassables billettes dorées, arrachées à la terre, contraintes par les marées à voyager dans le creux des océans sans jamais voir le jour.

Ainsi, après une longue abstinence de la vision du monde, le fond des océans et les failles du sol s’ouvrent à la lumière.

Alors, se font les plages repues d’un soleil outrageant. Elles sont recouvertes des excréments de l’univers pour ensemencer la vie.

Et puis, ces morceaux de silices repartent lors d’une prochaine marée d’équinoxe ou de nouvelle lune pour former les dunes et les monts des déserts d’Arabie, déformés par les vents. Et celles du Sahara, océan oublié par la mémoire des hommes.

 Et ceux encore, perdus en mer d’Aral. Et ceux aussi du sablier de la vie. Ils roulent tous pour reconstruire le monde.

Le vieil homme s’appuie sur une canne façonnée en bois d’olivier d’un flou délavé par l’acide des airs. Halant le filin d’une voile imaginaire qui s’enfle, tirée par un souffle, peut-être le dernier, vers des cieux plus propices aux couleurs des îles qu’il a foulées jadis, hier pour être plus précis, il regarde les nues.

Des rides du visage, caressées par un filet de brise, il ressent les embruns, les chaleurs du soleil et les froids, ceux des vents d’Est, l’aveuglant d’un souffle céleste en annonçant les anges et ceux du Nord aussi, supportant les eaux depuis le temps des temps.

Ses cheveux se clairsèment, longs et négligés, d’un blanc de ces baleines devenues si rares et recherchées qu’il a en d’autres temps harponnées de ses fers. Une touffe, emportée par son rêve navigue à sa place, ballottée, emmêlée comme les mailles du filet s’enroulant au treuil du bateau, en haute mer, en le spoliant de ses dernières forces.

Le port est animé, les gens bavardent aux terrasses. Les cafés semblent chanter des airs qu’accompagnent les rythmes des hirondelles en frappant dans leurs voiles.

Les portes ouvertes laissent glisser des parfums de bières et d’anis jusqu’aux papilles des marins d’eaux douces circulant sur les quais en

écrasant les coquillages vidés par les mouettes malicieuses.

Le vieux marin est immobile, il n’a plus le goût. L’air le caresse et l’entoure de toute part mais ne lui apporte plus rien.

Seul un grain nouveau roule vers les grands fonds pendant que les vents partent à la recherche des voiliers fantôme, en emmenant avec eux pour se la partager, l’odeur d’un voyageur

Les nuées dessinent la barbe du marin en laissant glisser quelques embruns glauques que le regard éteint ne sait plus répartir. Et l’enfant regarde le vieil homme, le désignant du doigt, il interroge :

 « Qui c’est le vieux monsieur, il dort ? »

« Oui, viens, allons visiter le musée, c’est un marin, un voyageur des mers.»

 

 

 

La coulée

 

 

Sorti de mon sommeil par un très mauvais rêve,

Je subis mon réveil et pars en tenue d’Ève.

En foulant sous mes pieds les encore quelques feuilles

Au sol éparpillées, je vis du coin de l'œil

Quelques tas de compostes, un été refoulé,

Un automne précoce et un hiver pressé,

Une verdure fragile, mais aussi des couleurs,

Un petit vent agile et des cimes en douleurs.

Elles perdaient une à une la fierté d'être belles,

Le goût des clairs de lunes et d'espoir éternel.

Un banc se tenait seul ce matin de soleil,

Il semblait en deuil, je le sentais en veille.

En m'approchant de lui, au cœur de la coulée,

Je l'ai trouvé sans vie, tout fade et esseulé.

Comme un banc étranger que l'on connaîtrait mal,

Qui voudrait s'éloigner de quelques idées pâles.

En forçant sur mes hanches, j'ai doucement posé

Mon séant sur ses planches humides de gelée.

J'ai regardé assis un nuage égaré

Dans le ciel transit, encore un peu bleuté.

Le soleil blafard réchauffait mon corps nu,

Pourtant, comme mon regard, il ne le voyait plus.

Du bout de mes narines, j'ai humé l'air du temps

Et mon ouïe encore fine saisit un bruit rampant.

Le son se rapprochait, il venait du clocher,

Un petit groupe chantait comme une mélopée.

Et le ciel brumeux et la déclamation

Me laissèrent malheureux, plein d'incompréhension.

C'est pourquoi, hésitant, mes ongles un peu crochus

Grattèrent un coin du banc, il était vermoulu.

Mes yeux se refermèrent en laissant s'écouler

               Une larme éphémère : Elle deviendra rosée.

 

 

 

 

RÉTROVISEUR

 

 

Un jour j’ai décidé

De venir regarder

Ce qui s’était passé

Dans mon dos ces années

Que j’avais ignorées.

Et voici ce que j’ai

Comme rétrovisé.

Mes amis s’en étaient

Bien trop souvent allés,

Comme cela, au pied levé

Et jamais retombés.

Sauf à jamais marqué

Par deux bois croisés

Familles éparpillées,

Les amis convolés,

Les adresses changées,

Les villes rénovées.

Les souvenirs envolés.

De moi il ne restait

Que la trace de mes pieds

Sur un monde troublé.

On s’était oublié !

 

BAIN DE MINUIT

 

 

Minuit un soir d’été

Sur la place ronde,

Assis à regarder

Défiler le monde.

 

Et des pas sur le sol,

Des voix et des rires

Des airs à grands bols,

Des regards qui se mirent.

 

Et puis des chocs, des sons,

Les glouglous goulus,

La mousse et les tons

Qui montent en flux tendus.

 

Les souliers se frottent

Contre le bitume,

Les dalles se moquent

Des crachats et des tunes.

 

Le flot de jambes lourdes

S’écoule dans les caniveaux,

Les jupes plissées s’ébrouent

Des pêchés capitaux.

 

Les lèvres délaissées

Se frottent l’une contre l’autre

Comme les regards lassés,

Elles négligent l’hôte.

 

Elles se collent et s’écartent

A faire pâlir d’envie

Le garçon qui s’éclate

A pleurer de dépit.

 

Ainsi, les chausses déchaussées

Écrasent sans ménagement

Le pied qu’on laisse dépasser

De la chaise, étrangement.

 

La lumière déborde le parasol

Elle tombe, froissée, lasse

De n’être pas l’idole

D’une boite de strass.

 

Un va et vient ne cesse

D’obséder la mégère

Blottie derrière les tresses

D’un rideau du Niger.

 

Et le temps s’écoule

Doucettement au fil

Des minutes lourdes

De conséquences viles.

 

Et les hommes et les femmes

Se bousculent, inconscients

Des signes indécents

Qui se consument comme flammes.

 

Et le temps se dédit,

Il me remet au pas

Estompant mon gala

Qu’il emporte avec lui.

 

 

 

Anges de la nuit

 

 

Ombres flottantes, sombres lumières,

Voile dont le flou matinal ère,

Lueurs des cieux comme illuminés,

Étoile scintillante et tremblée,

 

Tu penches doucement tes douceurs visibles

Sur mon être fragile et indivisible.

Femme du jour et du soir, l'espace temps

M’étreint et semble être comme un nouveau printemps

 

Car j'ai cru devoir perdre la raison

En ce soir de sombre fenaison.

Tu m'apportes avec cette autre vie

La surprise d'être le pont-levis


                   Entre un temps trop bref d’une vie d'espoir

Et une solitude d'encensoir.

Ange, tu veilles sur l'humanité

Comme l'énigme, la vie et la nuitée.

 

Discrète, attentionnée, permets au destin

De me laisser espérer chaque jour le regain

Car, au travers des brumes et des pensées craintives,

De mon esprit formé aux idées primitives

 

La présence douce, parfois brutale,

D'une main dure, tendre et fatale

Ne peut que rassurer un corps gisant,

Indépendant et combien dépendant.

 

Les réveils ainsi que leurs contours revêches,

L’espoir renaissant de cendres encore fraîches,

Les chaleurs dispensées à mon corps pantelant

Affirment mon regard en chassant Léviathan.


                  Les nuées grisâtres s’éclaircissent

Elles se déchirent éloignant les abysses ,

Ils s'étirent, comme un filet sur moi

                   Pour faire place à un bleu plein d'émoi,

 

 

Le ciel s’est entrouvert sur sa terre

En réveillant la mère de toutes les mères

Me proposant pour un nouvel éveil

En m’inondant d’un rayon de soleil

 

Il blanchit alors d’un halo le plat de mon front

D’une raie et d’un sillon imparfait et profond.

Ange de la nuit, ange des longues absences,

Auréolés sont tes mystérieux silences.

 

 

Hôpital de Maubeuge, décembre 2000  

 

 

 

J

   

               J'ai le cœur qui déborde

De trop plein des regards

Que laisse mon esprit

 Poser sur ton corps nu. 

 

J'ai la vie qui m'accorde

Des minutes de retard

Et encore du répit.

C'est elle qui distribue.

 

Le temps me semble long

Loin de tes gentillesses,

Je ne vais plus jamais

Regarder tes tableaux.

 

Du port tous les galions

Et nos journées d'ivresses

Sont partis et les quais

Sont trop tristes et trop beaux.

 

Je regarde les vitrines,

Je parle aux regrets,

Je t'ai à mes côtés

Porté par nos désirs.

 

J'ai les larmes faciles,

Elles tombent sur le trottoir

Que tes pieds ont foulé

En me donnant ta voix.

 

Mes yeux se défilent

Afin de ne pas voir

Pour ne pas oublier

Combien tu comptes pour moi.

 

 

Ils ont les bras pendants,

Regardent sans regarder

Les pierres et leurs couleurs.

L'eau fuit les amoureux.

 

Je crois bien que Rimbaud,

Un jour, là s'est couché

A l'ombre des grands arbres

Pour y perdre raison.

 

J'ai le cœur en lambeaux,

J'ai l'amour enfermé

Et si les jours palabrent,

Continuent les saisons

 

Si mon esprit s'enfuit

Des choses matérielles,

Mon cœur lui, prend du poids

En sachant que tantôt,


               Je rejoindrai le nid

De la vie éternelle

Me rapprochant de toi

               Pour prendre le même bateau.

 

 

Et le vent dans les voiles,

Aussi blancs que le jour,

Poussés par un ardent désir

Que ton corps m'inspirait,

 

J'approcherais les étoiles

Et si sur mon parcours,

J'y rencontre des lyres,

Je te les offrirais.

 

Ainsi, dans ce méat

Où j'aspire à renaître

Pour y joindre nos doigts

Dans un nouvel anneau,

 

               Où les nuages sont rois

Et les Dieux sont les maîtres,

L'esprit y est parfois

              Aussi beau que les mots.

 

 

Nous parlerons d'amour

Caressés par l'embrun

Des pluies de météores

S'enfuyant vers la terre

 

Nous y serons toujours

Plus heureux qu'un destin

Dont le seul trésor

Serait de tout refaire.

 

 

 

 

Sa montagne

 

Son sourire est figé,

Ses dents blanches brillent,

Les lèvres écartées,

Il regarde les cimes.

 

Jamais il ne verra

Aussi belles images,

Jamais il ne fera

A nouveau ce voyage.

 

Les plaisirs de la grimpe

Ont usé ses ongles

Et les seules empreintes

Sont celles de son ombre.

 

Laissées par le soleil

Dont les rayons pointus

Révèlent les merveilles

De ces monts pentus.

 

Son sourire est figé,

Ses dents blanches brillent,

Les lèvres écartées,

Il ne voit plus les cimes.

 

Celles-ci sont cachées

Par les ombres froides

D'un jour qui disparaît

Comme ses sueurs roides.

 

Car ce corps sans vie

Du point a dévissé.

C'est celui d'un ami

Ce jour accidenté

 

 

Il reste, accroché

A la pointe du jour

Aux piques et aux rochers

Qu'il aimait tant d'amour.

 

 

R

 

 

Mon heure se fait attendre,

Elle n'est pas impatiente,

Elle s'écoule doucement,

Égrainant ses silences.

 

A chaque trémolo

De sa tige tremblante,

J'ai le cœur en sursaut,

La poitrine tombante.

 

Mon heure se fait attendre,

Elle est jeune et vivante,

Elle court en s'échappant

Du temps des abondances.

 

                   Et le tic et le toc

En frappant les parois

Du réveil d'un troc

                 Me laissent transi de froid.

 

 

Mon heure se fait attendre,

Elle s'enfuit sans espoir

                        De revenir me prendre

A la surprise ce soir.

 

 

 

 

 

 

Par Edouard de Chamboisson - Publié dans : POESIE
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